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Nos Paysans: Le Jour de marché

Généralement, le jour le plus propice chez nous pour le grand marché est le vendredi. Dès la veille, les paysans se donnent rendez-vous aux carrefours, sous les grands arbres qui jallonnent les chemins. De très tôt, le matin, à l'aube, ils prennent la route en portant sur la tête des provisions de toutes sortes: légumes, fruits, volaille... etc. Ils se coiffent d'un foulard blanc ou bleu, le plus souvent multicolore. Les hommes portent un chapeau de paille, une sacoche et un mouchoir rouge enroulé autour du coup. Dès fois, ils sont armés de machette ou de couteau servant parfois à se défendre contre un ennemi éventuel. Ils marchent à la file indienne à cause des sentiers qui ne sont pas trop spacieux. Et le lourd fardeau qui pèse sur leur tête leur porte à prendre une démarche cadencée; ils se racontent toutes sortes d' histoires ayant comme fond les faits des semaines précédentes ou de la veille. En chemin, lorsqu'ils rencontrent quelqu'un de leur connaissance, on entend à chaque fois cette salutation: " Bonjou konpè 'm, ... bonjou makomè ". Et ça devient pour eux un refrain. D'autres amènent des ânes ou des chevaux chargés de diverses choses àvendre: des calalous, des aubergines, des patates, des ignames, des balais, du maïs, des poules, des remèdes-feuilles ... bref, tout ce qui est vendable. Munis d'un long fouet pour faire marcher plus vite l'animal, on les entend souvent dire: " Bèt, bèt ", pour que les gens leur donne passage. En arrivant, ils étalent ce qu'ils ont à vendre. On les voit bien accroupis devant les tas de marchandises. Ils passent toute la journée ainsi, en criant, en appelant les passants. Ils trouvent beaucoup de mots affectueux: mon chéri, ma comère, mon frère, mon papa, mon petit garçon [...] enfin tout ce qui peut inciter quelqu'un à venir acheter. C'est qu'ils ne veulent pas retourner à la maison sans rien vendre, ils ont tellement de problèmes d'argent à essayer de résoudre, de dettes à payer. Au mois de septembre, c'est encore plus dur, car il faut trouver de l'argent pour pouvoir envoyer les enfants à l'école. D'année en année, la misère augmente et il devient plus difficile pour eux, à avoir la somme nécessaire qui permettra d'acquitter les frais de scolarité.

L'après-midi arrive, ils se fixent un rendez-vous pour reprendre le chemin du retour. Ils parlent du marché et comment ils en ont eu de misère à vendre leurs produits: "[...] Tout le monde sait que la plupart des gens de la ville sont inconscients. Ils vendent leurs affaires "Tèt nèg" dans leurs magasins et quand ils viennent ici, ils veulent prendre nos récoltes à vil prix." Mais personne ne dira le montant vendu ou utilisé pour acheter des nécessités comme: kérosène, savon, salaisons, ustensiles de cuisine, etc...

Ils sont des gens gais même après une journée de dure labeur, et déjà ils se donnent rendez-vous pour un autre marché qui n~est pas trop loin dans l'espoir de finir par vendre tout ce qu'ils n'ont pas pu écouler à Camp-Penn. Au fur et à mesure, on voit le groupe diminué, et chacun rentre dans son terrier. Arrivés, ils doivent aller chercher du bois pour commencer à préparer le seul repas du jour qui va être prêt fort tard dans la soirée.

Je les aime bien, nos pauvres paysans, ils sont courageux. Et malgré toutes les calamités qu'ils endurent, ils demeurent confiants, souriants et contents.

Eugène Pasehalde Giralde, Cinquième

Bâtis ton destin de tes propres mains, mon fils, et n'attends pas
éternellement que les autres te prennent en charge.
Soundjata, empereur du Mali, 1230-1255

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