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Un jour, j'étais tout surpris que mon père me dise: "Je vais à Port-au-Prince après demain et tu viens avec moi." Rien ne pouvait exprimer la joie que je ressentais. Tout mon corps tremblait de contentement, j'étais le plus heureux des enfants. Quelques instants après, je suis allé auprès de certains de mes copains, pour leur annoncer d'un air hautain que je vais passer les vacances à la capitale. Pendant toute la journée, je ne faisais que penser à ce voyage qui allait me laisser rêveur pour longtemps. La veille, je prépare ma valise. Je trouve que le temps ne marche pas comme d'habitude. Je le trouvais au ralenti. Mais, me suis-je dit: "Rien ne sert de courir ilfaut partir à point ". Et cette journée fut pour moi la plus longue du monde. Le jour venu, je me suis levé à 2 heures du matin. Mon premier geste était d'aller réveiller mon père qui n'avait pas l'air trop pressé. - Quelle heure est-il ? - Il est 2 heures du matin, lui ai-je répondu. Retourne dans ton lit, je te ferai signe quand viendra le temps. J'ai regagné mon lit un peu bredouille avec l'espoir d'entendre sous peu le klaxon de l'Ange Gabriel, l'autobus qui nous fera faire le voyage. Je n'en pouvais plus d'attendre, chaque seconde durait une éternité, surtout quand on n'a pas sommeil. Une heure passa ainsi, et mon père commença à se gratter la gorge. Je n'ai pas attendu qu'il me fit signe. J'étais déjà prêt àpartir. Mon père, après avoir mis un peu d'ordre dans sa chambre, m'appelle pensant que je dormais encore. Je lui apprenais que je suis resté éveillé toute la nuit. Maintenant il est 4 heures AM., on entend le vrombissement du bus. L'instant tant attendu est enfin arrivé; e t mon coeur s'agite vivement au dedans de moi. L'autobus, une fois arrivé, mon père et moi, nous montâmes à bord. Nous n'avions pas eu tellement de misères à trouver nos deux places, car elles nous étaient réservées D'un mouvement circulaire de la tête, il salua les deux ou trois connaissances qu'il avait à bord. Après s'être libéré les mains de ses effets de voyage, il échangea quelques poignées de main avec les voisins les plus immédiats. Tout au long du trajet Camp-Perrin-Cayes, l'autobus prenait du monde. Beaucoup d'entre eux se faisaient attendre et cela a suscité du grognement chez certains passagers. Arrivé à " Quatre chemins ", mon père en a profité pour m'acheter des trucs à manger: Figues, pain, juna, mamba ... La première partie du voyage aurait terminé sans problème, n'était-ce la plaine des Cayes que j'ai manquée à cause de la noirceur. Mais je compte bien me reprendre au retour. Déjà 6 h 30, le chauffeur nous presse d'embarquer. L'autobus a repris sa route sous les feux nourris d'une discussion vive et passionnée, mettant dos à dos certains passagers dont le courant politique diffère complètement avec celui des autres passagers. Beaucoup de verdures s'étiraient devant nous. On y distingue des jardins de maïs, de canne à sucre, d'épinard etc... Pendant que la nature offrait ce bel spectacle de verdure qui allait à perte vue devant moi, je suivais avec un intérêt non dissimulé l'évolution de ce débat. Dans les deux camps, lorsqu'il s'agit de défendre son point de vue, chacun y allait avec sa plus belle force de persuasion. Honnêtement, l'un ne parvenait pas à convaincre l'autre de la justesse de son argumentation. Et petit à petit, les passions se sont apaisées et le juste milieu a été trouvé quand le chauffeur a dû faire un coup de volant inattendu pour éviter de j ustesse un animal qui s'aventurait dans la rue. Pour mettre à l'épreuve l'expérience de voyage de mon père, je lui dégaine une question: - Papa, où sommes-nous? - Dans l'autobus, mon garçon, blagua-t-il. Mon père est astucieux, il avait très bien compris le sens et la pertinence de ma question. Il répondit sans regarder à l'extérieur: Fond des Nègres. Comme le voyage se fait très vite, en criant ciseaux on était à Desruisseaux. Là tout le monde se régale de bananes pesées, de "grillots", de juna, de marcos, de canne à sucre. Le chauffeur nous a dit de nous procurer tout ce dont nous avons besoin car il ne s'arrêtera qu'à Port-au-Prince. Et le voyage continue. Tout au long de ce tronçon de route, on a du faire face au grognement des uns et des autres insatisfaits de l'état général de la route. À Léogane, en passant il y avait une collision impliquant une camionnette "tap tap" et une voiture, sans trop grande conséquence. Il n'y a pas eu d'affollement, ni d'attroupement. Tout le monde s'en est bien tiré. Enfin on y est presque. On s'est rendus à Carrefour. Déjà, ce sont des pare-chocs contre pare-chocs. Il faut être bien patient, la circulation est au super ralenti. Ce contretemps nous a permis d'avoir un oeil plus observateur sur l'architecture des maisons de Port-au-Prince. Ce sont pour la plupart des maisons à 2 étages. Mais ce qui est étonnant lorsqu'on arrive à Port-au-Prince, c'est, d'une part la circulation automobile et d'autre part la circulation piétonne. On a pu se rendre compte aussi de l'achalandage qui règne dans le centre ville. C'est loin de ressembler à chez nous. Bâtis ton destin de tes propres mains, mon fils, et n'attends pas éternellement que les autres te prennent en charge. Soundjata, empereur du Mali, 1230-1255
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